26 décembre 2011

Bride Stories t.1 à 3 de Kaoru Mori

Une femme nomade mariée à un jeune garçon entre dans une nouvelle famille, des coutumes différentes mais aussi dans une histoire d'amour singulière.
 
Bride Stories est un nouveau shôjo arrivé depuis peu en France et encore en cours au Japon. Son originalité vient de l'âge des protagonistes et du cadre culturel et géographique du manga. Si l'écart entre les âges n'est pas innovant, ici c'est la fille la plus âgée et mature tout en gardant les codes du shôjo. Ajoutez à cela un décor de nomades d'Asie centrale au XIXe siècle et vous avez un cocktail délicieux.
Il est rare en France d'avoir des mangas si "exotiques" dans leurs choix, encore plus dans les shôjo, et c’est pour cette raison que Bride Stories mérite qu'on lui accorde un peu d'attention !

Je dis shôjo, mais j'avoue que le dessin et même l'histoire n'est pas si facilement classable. Disons que tout est bien en ordre, que l'héroïne répond à certains codes du shôjo (timidité, exemplarité du comportement, faible et fragile alors qu'elle sait tirer à l'arc, etc), mais que l'intrigue est tellement poussée dans l'investigation des lieux qu'on croirait parfois dans le documentaire. Kaoru Mori pousse le vide jusqu'à reproduire des broderies dans ses détails les plus infimes !
Kaoru Mori est une idole au Japon qui a décidé de se lancer dans sa passion. Elle montre à son public qu'on peut être belle, mignonne à croquer pour ses admirateurs tout en étant habile de ses mains. Il me semble que tous les décors sont faits à la main car dans le tome 1, le tronc d'arbre sculpté n'est pas droit. Mais on est presque en admiration devant cette erreur. Elle nous prouve qu'elle est réellement douée.


Titre original : Otoyomegatari
Titre français : Bride Stories
Auteur : Kaoru Mori

Tomes : 3
État de la série : en cours



http://www.nekoden.com/wp-content/uploads/2011/03/Bride-Stories.jpg
Planche trouvée sur Nekoden
Amir a vingt ans, nomade, et est envoyé chez un clan voisin pour y être mariée à Karluk, douze ans et sédentaire. Dès les premières pages, le sourire de l'héroïne donne le ton au manga. C'est dans la joie et la douceur que vont s'épanouir les personnages. Leur relation se met en place tout doucement et on voit d'abord surtout Amir comme un maman. Ce n'est qu'à partir du tome 2 que, selon les dires des femmes de la famille, Amir accepte Karluk comme son mari. On ne sait pas trop s'il y a un sous-entendu de vie intime ou si c’est simplement parce qu'il l'a sauvée de son oncle et ses hommes de main qui voulaient la ramener chez eux pour la marier ailleurs.
Si le sujet du mariage consommé par la venue d'un enfant est abordé d'emblée, ce n'est pas le sujet principal du manga. Bride Stories brosse le tableau de la culture des nomades d'Asie centrale au XIXe siècle, à travers le portrait de femmes mariés ou à marier. L'auteur étant une femme et le manga un shôjo, on se doutait bien que le sexe féminin aurait une place importante. Cependant, pas de texte féministe.

En trois tomes, Kaoru Mori pose les bases de cette culture méconnue pour la plupart des gens. Nous passons en revue dans le tome 1 le rôle d'une épouse : soigner son mari, s'intégrer dans sa nouvelle famille, appréhender cette nouvelle relation et trouver un équilibre dans cet écart d'âge. Car même si les garçons sont toujours plus avancés que les jeunes filles sur ce point, avoir pour partenaire une jeune femme de huit ans son aînée quand on en a douze, ce n’est pas une mince affaire.
On nous fait bien comprendre que leur relation a évolué au tome 2, mais on ne comprend pas vraiment en quoi. Amir est présentée nue dans les bains, elle rougit durant tout le chapitre, évite son petit mari et les femmes disant que Karluk est devenu son vrai mari. Certes mais parce qu'ils sont enfin passés à l'acte ou simplement parce qu'Amir a trouvé Karluk plein de bravoure quand il l'a sauvée des griffes du méchant oncle ? D'ailleurs, malgré son aspect un peu linéaire, le tome 2 essaie de se focaliser davantage sur le conflit entre clans. La famille d'Amir souhaite la récupérer pour la remarier à un homme très violent qui a déjà tué deux femmes du clan en les battant. Le clan de Karluk va la protéger jusqu'à combattre violemment dans leur petit village. Amir réussit à rester dans sa nouvelle famille, pour le moment, car son oncle et ses hommes sont faits prisonniers. Un nouveau personnage apparaît aussi, Pariya. Elle devient très vite l'amie d'Amir contre son gré... mais bien heureuse que quelqu'un s'intéresse à elle pour ce qu'elle est réellement.
Durant le tome 3, cette partie de l'intrigue disparaît pour laisser place à l'explorateur anglais, Smith, qui part pour la Turquie. Il attend un guide en ville mais un concours de circonstances va faire qu'il va se retrouver au beau milieu d'une querelle de famille impliquant deux veuves (belle-mère et fille) et un oncle xénophobe. Le choc des cultures va passer par dessus l'amour car, comme l'explique Kaoru Mori, ici "les enfants obéissent à leurs parents". L'oncle finit par épouser la vieille belle-mère pour marier Talas, la fille, à un habitant du coin. Smith va connaître la prison, la joie, le désespoir et la rupture amoureuse avant de repartir vers la Turquie avec son guide. Il abandonne la montre à gousset qu'il avait offert à Tala en cadeau de fiançailles.

Bride Stories a un cadre original mais manque encore un peu de saveur. On s'attendrait davantage à lire un seinen ou un shônen. Néanmoins, c’est sûrement pour cela que Kaori Mori a choisi cet environnement (en plus d'adorer cette époque, ce lieu et cette culture). On peut aussi avoir un cadre historique dans un shôjo sans tomber dans l'adaptation d'une culture à une autre. Ce n'est pas l'Asie centrale qui vient aux Japonais, c’est le Japon qui s'intéresse à ces nomades. De plus, contrairement à Ayashi no Ceres, l'environnement n'est pas un prétexte pour donner une couleur à l'histoire. Nous sommes complètement immergés dans une autre culture et l'intrigue amoureuse est presque reléguée au second plan dans plusieurs chapitres. Côté personnages, il y en beaucoup. Vraiment beaucoup. On s'attache facilement aux héros et aux plus jeunes. Le tome 3 donne enfin la voix à l'explorateur et on découvre un pauvre homme trop dans son travail mais plein de compassion.

Je ne peux m'empêcher de reprocher aux deux premiers tomes un manque réel d'action (dans la continuité du manga, pas juste alterner vie calme / combat de temps à autre) et un manque de logique dans les chapitres parfois. Le tome 3 semble corriger ces défauts mais je préfère attendre la suite de la série pour confirmer mes dires... Un petit souci de traduction aussi dans les tomes 1 et 2 (très flagrant pour le deuxième), ça m'avait pas mal perturbé dans ma lecture. Certaines scènes devenaient un peu incompréhensibles.
Le tome 3 fait remonter la série dans mon estime et nous sert une intrigue mieux menée sans rien perdre de ses éléments précédents. Le fait de suivre l'explorateur paumé y est peut-être pour quelque chose.
Malgré ces petits défauts, la vie quotidienne s'écoule lentement mais on apprend toujours quelque chose de nouveau. Kaoru Mori est à la hauteur de son sujet culturellement et graphiquement parlant.

Note :

Crédits : planches trouvées sur Nekoden et Manga news.

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