18 décembre 2011

Lo de Lucie Durbiano

Oh que j'aimerai que Daphnis m'enlace... Il est si beau, si jeune et si fort ! Je rêve de m'introduire dans sa chambre la nuit, hihihi !

On continue sur cette lancée d'histoires à héroïnes jusqu'à la fin de l'année. Messieurs si vous passez par ici, vous êtes prévenus ! Une fin d'année 100% féminine pour coller au challenge qui va me prendre le plus de temps sur ce blog jusqu'au 31 décembre : Women BD.

Je vous ai choisi Lo de Lucie Durbiano, d'abord parce que j'ai oublié de lui consacrer un article au mois de juillet, mais aussi pour vous faire découvrir un peu l'ancienne sélection du jury d'Angoulême. Lo est une jeune nymphe recueillie par Artémis et qui tombe amoureuse d'un berger, Daphnis, et qui rêve de devenir femme avec lui.

Un petit arrêt sur image s'impose : pour comprendre le maximum de subtilités dans cette BD, il faut connaître un peu la base d'une histoire antique de Longus, celle de Daphnis et Chloé. Daphnis et Chloé sont deux bergers amoureux l'un de l'autre mais qui vivent dans l'innocence et la naïveté de l'enfance, tout en étant de grands adolescents. Ils prennent pour modèle les animaux pour s'aimer, mais ne comprennent pas le mécanisme d'accouplement. Plusieurs aventures loufoques arrivent aux héros comme Chloé qui est enlevée par des pirates ou Daphnis qui est initié à l'art de l'amour par une femme plus âgée que lui.

C'est ici que Lucie Durbiano entre en scène, cette femme devient Lo l'innocente nymphe. L'histoire de Daphnis et Chloé n’est présente qu'en toile de fond, mais il faut comprendre dans quel genre d'humour on se lance quand on ouvre Lo. Un humour des grecs de l'Antiquité. Un humour qui ne vole pas toujours très haut pour certains, qui se focalise sur le burlesque.

Encore un billet pour le challenge Women BD même si la BD a déjà été chroniquée !


Titre : Lo (ISBN : 9782070627172)
Auteur : Lucie Durbiano

Nombre de pages : 100


http://www.actuabd.com/IMG/jpg/Durbiano-Lo-Extrait-Septembre2010.jpg
Planche n°1 (Actu BD)
Lo est une jeune nymphe qui vit dans les cercles d'Artémis et qui est courtisée par un affreux satyre jeunot. Ils sont depuis toujours les meilleurs amis du monde, mais lui est très porté sur l'art de l'amour. Il la suivra de loin ou de près dans toutes ses aventures. Les plus cyniques pourront qualifier Lo de nymphette, mais la jeune fille veut sortir de cet archétype. L'histoire est fort simple : L'héroïne rencontre Daphnis, un beau et jeune berger, qui s’est fait mordre par un serpent alors qu'il se baignait dans l'étang. Lo venait simplement lui voler sa flûte, mais elle a été tout de suite séduite par le corps du berger. Elle le sauve en retirant le poison de la morsure avec sa bouche. Daphnis est charmé mais ne voit en elle qu'une jeune fille qui vit sur un autre plan, sur le plan des divinités. Alors il lui offre simplement sa flûte. Arrive le satyre qui harcèle Lo en disant qu'elle est une nymphe très coquine.
Simplement résumer le début du livre vous donne déjà l'idée du reste de l'intrigue : nous sommes face à un humour burlesque et très sous-entendus. Lucie Durbiano a voulu axé son propos sur les contacts charnels et sur l'impossibilité pour Lo de trouver son bonheur. Le lecteur navigue entre l'univers de Lo et celui de ses compères. Nous assistons à une fête organisée par Dionysos parce que Diane la rigide est déprimée, Lo déprime et trouve un chien mélancolique qui représente son désespoir, puis elle va voir une sorcière avec sa meilleure amie pour avoir une poudre qui rende Daphnis amoureux d'elle... tandis que l'on apprend l’homosexualité d'Artémis, dans une page saphique (seulement dans les mots). Bref une vie bien mouvementée pour la jeune nymphe qui réussit à partager le lit de son aimé, pendant son sommeil et contre sa volonté. Car oui, Daphnis se mariera bien avec Chloé. Lo, tu ne vis pas sur le même plan il te faut te lancer sur les routes. Changer de décor. Sortir du cercle familial. Un résumé ne peut pas rendre l'intensité du cœur brisé de Lo, mais Lucie Durbiano a voulu donner une personnalité commune à deux époques pourtant très éloignées dans le temps.


http://www.bodoi.info/wp-content/images/juillet2010/rentree_lo_image2.jpg
Fête de Dionysos
En conclusion,
Lo est une BD pour ceux qui n'ont pas peur de renouer avec l'Art d'aimer d'Ovide ou avec les comportements décalés des dieux d'Homère dans l'Iliade. Sur ce point, la BD est fidèle à l'époque et Lucie Durbiano a fait un bon choix. Petite nuance tout de même : on peut trouver rapidement cet humour lourd si on n'a pas l'habitude de ce type de texte, et j'ai l'impression que la BD perd de la force si on ne connaît pas Daphnis et Chloé, qui est justement excellentissime et risible à souhait. Seule la partie où Lo devient mélancolique et où sa meilleure amie essaie de résoudre ses problèmes peut toucher n'importe qui. On s'imagine très bien les collégiennes ou les lycéennes qui partagent leurs peines de cœur mais qui n'y connaissent rien aux jeux de l'amour. Même si elles aimeraient bien. Le personnage de Lo oscille encore entre les deux pôles : l'amour innocent et la sexualité pleinement vécue comme charnelle. Je n'ai pas trouvé cette intrigue très innovante, mais il est vrai que c'était un pari risqué d'utiliser un décor de Grèce antique pour toucher un public moderne. Lucie Durbiano a été jusqu'à imiter Longus : sur la même idée de Chloé enlevée par des pirates, la naissance de Lo est rocambolesque et originale.

Une analyse simple mais exotique de la souffrance amoureuse et de la complexité des sentiments à travers les yeux d'une adolescente.

Note :

Aller plus loin ?

Crédits : planches trouvées sur ActuBD et Bodoï.

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