15 janvier 2012

Sous l'eau l'obscurité de Yoon-Sun Park

Les enfants sont cruels. Ils déversent leur colère sur les plus faibles que soi parce qu'ils ne peuvent pas aller à l'encontre des adultes.
 
Sous l'eau, l'obscurité est un livre que j'ai découvert pendant le challenge Women BD. Beaucoup de lecteurs se sont cassé les dents sur lui parce qu'ils n'ont pas réussi à entrer dans l'histoire ou à s'identifier au personnage. Par expérience, j'ai remarqué qu'un livre à influence asiatique est toujours moins accessible à un public occidental (dans notre cas francophone). Mais forte de mes lectures passées, j'ai décidé de me lancer dans cette aventure. La culture coréenne est "à la mode" en ce moment, donc raison de plus pour la découvrir.

Sous l'eau, obscurité sera mon second ouvrage coréen que je chroniquerai ici (le premier étant Junk Love). Cette fois-ci, nous nous tournons vers l'enfance et plus précisément vers ses côtés sombres. Je vous invite donc à rejoindre Min-Sun et sa famille, dans une banlieue de Séoul à la fin des années 80, durant l'expansion économique de la Corée.

http://1.bp.blogspot.com/-28XUH6FBZFE/TqlFLmItFLI/AAAAAAAAAYg/0jwEnB8sRFM/s1600/bani%25C3%25A8re-blog-challenge.jpg

Titre : Sous l'eau l'obscurité (ISBN : 978284865445)
Auteur : Yoon-Sun Park

Nombre de pages : 159



Planche extraite
par BDsélection
Séoul, banlieue des riches assaillie par les familles modestes, centre sportif Chung-woo. Min-Sun suit sa leçon de natation hebdomadaire. Elle est encore dans le groupe des canards, tandis que sa sœur fait partie des pros. Jusque là, rien d'anormal. Mais voilà, Hee-Young est dans sa classe de CE2 et elle est déjà chez les pros. Plus réservée et plus paumée que les autres filles de son âge, elle se créé un monde sous l'eau, l'obscurité.

L'intrigue commence par une rumeur que Min-Sun lance : les sportifs sont des débiles mentaux. Bien sûr, puisque Hee-Young est la fille la plus populaire, tandis qu'elle, elle n'est qu'une ratée. De toute façon, elle déteste la piscine : elle n'en fait que parce que sa mère a payé son trimestre. Parlons-en de sa famille. Min-Sun passe pour une fille de Mat-Bul-I, une enfant dont les parents sont tous les deux salariés. Ce statut est encore très mal vu à l'époque. La mère de Min-Sun ne s'occupe pas de sa cadette. Elle n'a d'yeux que pour l'aînée, parce qu'elle fait ce qu'elle lui ordonne, et pour la Bourse. Le rôle du père est vraiment mis de côté dans cette BD : on le voit qui donne de l'argent à l'héroïne pour s'acheter à manger au déjeuner durant les vacances, il part au travail, mais c’est tout. S'ils ont pu s'installer dans ce quartier, c’est grâce aux spéculations immobilières de la mère. Cette dernière se sent comme une chef de famille, donc délaisse ses enfants.
Le nœud de l'intrigue est ici : Min-Sun n'arrive pas à se projeter dans la figure maternelle. Elle ne trouve pas sa place et est donc cruelle envers les autres. Elle finira par rentrer dans le moule. Sa sœur est championne de natation, mais elle se blesse et ne pourra plus nager. La mère a payé un trimestre au maître-nageur qui continue de donner des cours malgré la fermeture du centre sportif. Elle préfère envoyer Min-Sun plutôt que de perdre son argent. Elle passe du groupe des canards à celui des pros... Un choc émotionnel et physique. Min-Sun en profite tout de même : maintenant Hee-Young lui parle ! Min-Sun délaisse son amie-esclave qu'elle s'était faite auparavant pour rester avec la fille la plus populaire de sa classe. Ses jeux aussi muent. Elle passe du vol de chaussures de femme au jeu du docteur... qui est mis en scène de façon un peu malsaine.
Min-Sun devient une petite fille parfaite, qui grandit et devient une adulte perdue parmi tant d'autres adultes qui lui ressemblent.

il est difficile de rentrer dans l'intrigue parce que l'atmosphère oppressante est poussée à son maximum. L'univers est froid avec ses teintes de bleu, de blanc et de noir. Le trait de la dessinatrice est élastique et déstabilise un peu. Ceci dit, j'ai tout de même réussi un peu à m'identifier au personnage : sa haine de la piscine, son sentiment d'être perdue et rejetée par les adultes, la volonté de s'intégrer dans un groupe. Malheureusement pour elle, on comprend à la fin qu'elle n'a pas réussi à se forger une personnalité propre.

Sous l'eau, l'obscurité est une dénonciation de la société coréenne de l'époque tout en gardant une portée universelle. Le passage où Min-Sun jette les chaussures de femmes volées est très fort. Certes, l'ambiance reste un peu malsaine mais c'est ce qui permet de se détacher aussi de la situation. Si on doit résumer en quelques mots cette BD, on pourrait dire qu'il s'agit des angoisses de l'enfant qui n'arrive pas à grandir par lui-même et qui se rebelle face à la figure maternelle... en vain. Yoon-Sun Park nous présente la situation comme fataliste : Min-Sun n'a pas d'autre choix que de se plier aux choix de sa mère et donc à ceux de sa société. En quelque sorte, on peut dire aussi que le monde de ces enfants est le reflet de celui des adultes, auquel nous n'avons pas accès. Les enfants sont cruels entre eux et déverse leur colère sur les autres pour réduire à néant leur amour-propre.

En bref, cette lecture ne s'adresse pas forcément à tout le monde car la patte de l'auteur est très présente. Néanmoins, c’est une belle découverte psychologique.

Note :

Pour aller plus loin :

0 avis:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...